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vendredi 3 octobre 2014

Les coups de coeur de Pierre Maenner



Il aurait dû. Mais il n'a pas. C'est le champion de l'acte avorté. Il voudrait vis-à-vis des amis qui l'invitent. Il faudrait pour tenter la femme qui l'excite. Il pourrait pour répondre à celle qui espère une suite. Il devrait quand sa mère malade le sollicite. Il aimerait face à un patron qui l'irrite. Ne serait-ce que pour aider un pote qui le mérite. Au lieu de ça, il prend la fuite. C'est un garçon rempli de bonnes intentions. Sincèrement rempli. Il y pense, il en parle, il réfléchit intensément mais incapable de passer à la concrétisation. S'il essaie, il s'arrête en cours de route. Résultat : zéro. La bedaine qui vient, le cheveu qui s'en va, l'âge arrivant, le doute tout le temps. C'est l'incertaine condition de ces malchanceux qui ne se reconnaissent pas dans les rangs des gagnants, très justement rendue par une langue à tourner sept fois autour.

LIRE «  J'aurais dû apporter des fleurs », Alma Brami, éd. Mercure de France, 154 p., 15,80 €.


À côté du boxeur Marcel Cerdan et de la violoniste Ginette Neveu, deux Alsaciens voyageaient dans le Lockheed Constellation qui entre Orly et New York s'est écrasé le 27 octobre 1949 sur un sommet des Açores : la Mulhousienne Amélie Ringler, bobineuse chez DMC, et le Strasbourgeois René Hauth, rédacteur en chef aux Dernières Nouvelles d'Alsace. Le crash est fameux parce qu'il a mis fin à la carrière des deux premiers : Cerdan partant reconquérir un titre de champion du monde, Ginette Neveu partie pour une tournée de concerts à travers le continent. Mais il a fait au total 48 morts, aucun rescapé. Adrien Bosc y revient. Il survole les motifs, restés mystérieux, du drame et s'arrête à un portrait des victimes. René Hauth retournait en Amérique vendre une maison dans laquelle il aurait aimé s'installer après la guerre, Amélie Ringler partait rejoindre à Détroit une tante qui faisait d'elle son héritière.

LIRE «  Constellation », Adrien Bosc, éd. Stock  194 p., 18 €.


« Encaisser sans problème » : c'est l'intitulé du bréviaire qu'on distribue au petit personnel embauché à la petite semaine, petit mois, pour un contrat à durée déterminée renouvelable ou non, au vu de critères indéterminés, dans un grand magasin de luxe à l'approche de la campagne de Noël. Pour ce qui est d'encaisser, elle encaisse. Elle a été affectée à la caisse du rayon des jouets, au premier sous-sol de cette machine à fabriquer de la consommation. Avec son niveau bac plus sept, elle a connu des situations plus enviables, encore que pas plus durables ni plus profitables. Entre les clients négligents, les collègues exigeants ou arrangeants, les supérieurs intransigeants, elle attend des jours meilleurs. Où en sera-t-elle, passée la fièvre de fin d'année ? Il ne faut pas croire au père Noël dans cette société où l'on ne peut plus que se disputer des terriers encaissés.
LIRE «  Parle-moi du sous-sol », Clotilde Coquet, éd. Fayard, 215 p., 17 €.



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