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jeudi 28 février 2013

Jeudi, les meilleures ventes



Best-sellers

Romans

1. « Un sentiment plus fort que la peur », Marc Levy, éditions Robert Laffont, 21 €
2. « Fifty shades, vol. 3 : Cinquante nuances plus claires », E.L. James, éditions Lattès, 17 €.
3. « Fifty shades, vol. 1 : Cinquante nuances de Grey », E.L. James, éditions Lattès, 17 €.
4. « Fifty shades, vol. 2 : Cinquante nuances plus sombres », E.L. James, éditions Lattès, 17 €.
5. « Je vais mieux », David Foenkinos, éditions Gallimard, 20 €.
6. « La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert », Joël Dicker, éditions de Fallois, 22 €.
7. « Etranges rivages », Arnaldur Indridason, éditions Métailié, 20 €.

Essais et documents

1. « Dans mes yeux », Johnny Hallyday, Amanda Sthers, éditions Plon, 17 €.
2. « Jours de pouvoir », Bruno Le Maire, éditions Gallimard, 22 €.
3. « La vérité sur le cholestérol », Philippe Even, éditions Le Cherche Midi, 18 €.
4. « Moi, Zlatan Ibrahimovic », Zlatan Ibrahimovic, David Lagercrantz, éditions Lattès, 20 €.
5. « Histoire d’une femme libre », Françoise Giroud, éditions Gallimard, 18 €.
6. « La France orange mécanique », Laurent Obertone, éditions Ring, 18 €.
7. « Pour supprimer les partis politiques !? : réflexions d'un apatride sans parti », Daniel Cohn-Bendit, éditions Indigène, 3 €.
8. « Petite poucette : le monde a tellement changé… », Michel Serres, éditions Le Pommier, 10 €.

SOURCE Ipsos/Livres hebdo. Ventes du 18 au 24 février 2013.

samedi 23 février 2013

Rencontre avec... Daniel Tammett



On croirait un début de roman : alors qu’il avait huit ou neuf ans, chez lui, en Angleterre, Daniel Tammet a cherché dans une bibliothèque le livre racontant l’histoire de sa vie. Dans la fiction, l’enfant trouverait l'ouvrage ; dans la réalité, il fait chou blanc. « J’étais très déçu, raconte l’ex gamin naïf devenu un adulte de 34 ans. Mais j’ai compris que pour trouver mon livre, il fallait l’écrire ».
Daniel Tammett
Daniel Tammet est autiste. Catégorie Asperger, sous-catégorie génie : en 2007, un panel d’experts l'a admis dans le cercle ultra-chic des « 100 génies vivants ». Il est aussi synesthète : pour lui, les nombres et les mots ont des couleurs. Il a été capable d’apprendre l’islandais en une semaine (« Suffisamment pour donner une interview… ») et de réciter en public 22 514 décimales du nombre Pi ; une performance de « cinq heures neuf minutes », qui a nécessité trois mois de mémorisation. « Pi, pour moi, c'est une poésie numérique et je voulais la partager. Les spectateurs étaient scotchés, certains avaient les larmes aux yeux… »
C’est un paradoxe : l’autiste, le décalé, celui qui ne comprenait ni l’ironie, ni le second degré, celui qui a appris à jouer en regardant ses frères et sœurs « comme le ferait un scientifique », est désormais un grand communicant. Il publie son troisième livre, après deux best-sellers. « J’ai une chance incroyable de vivre de ma plume. Pour un autiste, c’est inédit. Je suis obligé d’inventer…  »
Daniel Tammet est à la fois homme de lettres et homme de chiffres. Dans « L’éternité est une heure », les chapitres sont de mini-essais aux allures de nouvelles qui révèlent la méconnue et pourtant omniprésente correspondance entre les nombres et les mots : il la démontre dans les proverbes, les fulgurances de Shakespeare, la rhétorique de Pythagore… Tammet nous apporte cette révélation : les maths sont partout, et elles sont nos amies... Comme la littérature, elles « ouvrent la porte à l’imagination ». Son quatrième livre sera un roman, et racontera une célèbre partie d'échecs. Une autre union entre l'art et la logique.
Hervé de Chalendar
LIRE « L'éternité dans une heure, La poésie des nombres », Daniel Tammet, éd. Les Arènes, 297 p., 19,80 €.

vendredi 22 février 2013

Le vieil homme et la femme amoureuse



Elle parcourt les rues de Paris car elle ne tient pas en place. Il est arrivé un drame. Alors qu’elle allait rejoindre son amant, un photographe, dans la chambre de l’Hôtel des Embruns qu’ils louent parfois au bord de la mer, alors qu’elle se trouvait sur le quai du métro qui devait l’amener à son train, un vieil homme adossé à sa canne lui a souri… et s’est jeté sous les rails de la rame qui arrivait (voir l’extrait ci-dessous).
Elle parcourt les rues de Paris. Depuis l’accident, l’héroïne de « Écoute la pluie », le nouveau roman de Michèle Lesbre, est sous le choc. Elle a fui la station de métro, elle avait encore le temps d’attraper son train, elle aurait pu prendre un taxi, un bus, mais non. Elle s’est précipitée chez elle, puis est ressortie, sans savoir pourquoi elle a acheté une robe verte, l’a abandonnée sur un banc public, elle est retournée chez elle, est revenue reprendre la robe. Qui n’était plus sur le banc. Elle est comme un « marin perdu », ou une poule à qui l’on aurait coupé la tête, « je tournais à droite et à gauche comme si je voulais fausser compagnie à ce qui me poursuivait ». Elle ne parvient même pas à téléphoner à son amoureux pour lui dire qu’elle sera en retard (ce qui le rend dingue), ou même peut-être qu’elle ne viendra pas.
Elle parcourt les rues de Paris, elle a perdu la raison. Impossible d’être raisonnable après ce qui vient de lui arriver. Le choc l’a en quelque sorte rendue extralucide, il n’est plus temps de se mentir : le vieil homme est mort, et son amour qui l’attend au loin certainement aussi. « Quelque chose de nous gisait sous les roues du métro ».
Michèle Lesbre
Elle parcourt les rues de Paris. Au gré des rues, des rencontres, des frôlements de corps ou des lumières traversées, cherchant l’apaisement, des fragments lui reviennent. Des pages d’Histoire (l’étoile jaune, le métro Charonne, l’occupation du Larzac, etc.) jusqu’aux souvenirs familiaux ou sentimentaux. Les failles de son histoire. Les injustices. Et beaucoup de sensualité. Michèle Lesbre se place ici entre Patrick Modiano et la Anny Duperey du « Voile noir » : à partir d’une image, elle nous entraîne au cœur du plus intime de ce que l’homme garde au fond de soi. En douceur, mais sans jamais lâcher prise. Errer, creuser, partager.
Dix ans, ou presque. Il a fallu près de dix ans à Michèle Lesbre pour se « soulager » de ce qu’elle a véritablement vécu dans le métro parisien en décembre 2003. Ce vieil homme qui lui avait souri avant de se suicider, elle y était. En 2007, elle lui avait dédié son succès « Le Canapé rouge » : « Au petit monsieur de la station Gambetta ». C’est là, d’ailleurs, dans les alentours du cimetière du Père-Lachaise, que l’auteur habite. C’est là qu’elle a enfin trouvé les mots rares, à la fois envoûtants et simples, pour dire la paradoxale mélancolie qui suit une gifle. Pour raconter le bien fou (oui fou, au sens propre du terme) que peut entraîner le malheur.
LIRE « Écoute la pluie », Michèle Lesbre, Sabine Wespieser éditeur, 112 p, 14 €. De Michèle Lesbre, le même éditeur réédite un texte de 2001, « Victor Dojlida, une vie dans l'ombre » (112 p., 14 €).

dimanche 17 février 2013

Le coup de coeur de Pierre Maenner



Il a fallu ce quatrième roman pour qu’une fille ose venir tenir sa place en face de sa mère. Il a fallu qu’elle devienne quelqu’un en dehors d’elle, de cette mère particulière, une femme reconnue pour romancière, une femme que les hommes ne manquent pas de remarquer et qui remarque qu’elle existe à travers leurs hommages. Avant la mort du père, avant la mort d’une sœur aînée, elle n’était rien pour cette mère sommaire, mère éphémère, mère intérimaire. Maintenant que la mère survit en compagnie de ses fantômes et que sa raison s’effiloche, leur passé lointain les rapproche. La mère est redevenue « Mouche’ » et si sa fille s’en moque un peu, dans ses attitudes, dans ses habitudes, dans sa désuétude, c’est pour dire que leur guerre est finie et qu’elle ne lui laisse plus guère que le souvenir d’escarmouches. Un jour ou l’autre, sur la fin, il faut bien reconnaître que les odes à une mère ne sont pas forcément funèbres.
LIRE « Mouche’ », Marie Lebey, éd. Léo Scheer, 125 p., 18 €.

vendredi 15 février 2013

Le coup de coeur de Laurent Gentilhomme



Frédéric Roux
Un Ali de plus ? Non, justement, parce que Frédéric Roux, déjà auteur de « Tyson, un cauchemar américain » et de « Ring », décide de raconter Ali par le biais de milliers de témoignages, toujours très courts, racontés par tous ceux qui ont connu le boxeur. « Alias Ali » est donc un empilement de citations, de phrases, de témoignages… de son père, sa mère, ses amies, ses entraîneurs mais aussi des nombreux suiveurs (et parasites souvent) qui trainent dans son sillage. On croise aussi des figures satellitaire du cirque Ali comme le romancier Norman Mailer et des témoignages d’origine parfois douteuse (selon le Figaro littéraire, Lloyd Hefner est une fiction) et on parie qu’après trois pages et deux rounds ce pavé va nous tomber des mains. Mauvaise pioche: servi par un montage malin, rythmé, punchy, ce livre devient totalement addictif, passionnant, révélateur d’un Ali bien plus complexe que ne le laisse souvent apparaître des bios plus officielles.
« Alias Ali » s’articule autour des combats du Greatest, des plus mythiques (contre Liston, Frazier ou Foreman) jusqu’aux affrontements pathétiques et arrangés (dont un « grandiose » championnat du monde contre un champion belge qui ne rêve que de se coucher le plus vite possible). Les commentaires des combats méconnus contre des toquards de premier ordre sont souvent plus passionnants que ceux archiconnus de Kinshasa ou Manille, par exemple. Mais ce drôle de bouquin au style télégraphique montre aussi qu’Ali a perdu son combat d’homme en étant un complice indirect de l’assassinat de Malcom X, une marionnette souvent pathétique manipulée par la Nation of Islam d’Elijah Muhammad. Fort sur le ring, faible dès qu’il passe sous les cordes, le dernier survivant des icônes américaines de la fin du XXe siècle (Elvis, Marilyn et James Dean sont KO depuis belle lurette), Muhammad « Cassius Clay » Ali est bien le plus grand sportif du XXe siècle. Mais le « bricolage » littéraire de Frédéric Roux prouve que le môme de Louisville devenu le vieillard tremblant d’Atlanta est bien plus que ça.
LIRE « Alias Ali », Frédéric Roux, éditions Fayard, 640 p., 22 €.