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vendredi 14 juin 2013

Sofi Oksanen, on ne s'en lasse pas



Ce pourrait être un cours d’histoire : un petit pays ballotté au gré des appétits de ses voisins, occupé par les bolcheviks en juin 1940, « libéré » en juillet 1941 par les nazis, de nouveau repris par les Soviétiques en octobre 1944. Ainsi en alla-t-il de l’Estonie, où la romancière finlandaise Sofi Oksanen (en photo) situe l’action de « Quand les colombes disparurent », son nouvel opus sur l'histoire récente de ce pays, après « Les Vaches de Staline » (qui vient de paraître en poche) et « Purge », roman qui avait consacré son auteur dès sa sortie.
« Je raconte une histoire que connaissent toutes les familles estoniennes. Comme celle de ma mère », lâche Sofi Oksanen, qui s’empare ici de l’Histoire pour dessiner tout en subtilité la schizophrénie générée par les régimes totalitaires sur les peuples. En l’occurrence sur le jeune Roland, entré en résistance contre tout type d’envahisseur ; son cousin Edgar – personnage inspiré d’un écrivain qui rédigeait l'histoire officielle de l'Estonie selon les dogmes édictés par le KGB – qui grenouille dans tous les services de renseignements, passant des Rouges aux Bruns puis aux Rouges ; la belle Judith, épouse malheureuse dudit Edgar, tombée amoureuse d’un haut-gradé allemand ; et la cousine de celle-ci, Rosalie, la fiancée de Roland dont la disparition hante ce roman.
Son décor familial planté, se jouant de la chronologie entre 1941 et 1966, la romancière se concentre sur Edgar, fil conducteur d’une histoire versatile, être abject ouvert à toutes les trahisons, collaborateur mesquin rivé à la vie des autres, poussé à faire le vide autour de lui afin de museler son passé compromettant à plus d’un titre.
Toujours aussi vibrante, l’écriture de Sofi Oksanen est d’autant plus acérée que l’auteur se plaît souvent à suggérer seulement, laissant au lecteur la liberté de construire ses propres images. Parfois, seule une évocation suffit. C’est d’ailleurs ainsi que se termine le roman, et c’est glaçant. Virtuose aussi.
Anne Vouaux
LIRE « Quand les colombes disparurent », Sofi Oksanen, éditions Stock, 400 p., 21,50 €.


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