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vendredi 15 août 2014

Darc is Darc



Le mauvais côté de l’histoire de la vie de Daniel Darc, c’est qu’on connaît la fin. En rubrique nécrologique. Retrouvé mort chez lui à Paris le 28 février 2013. Il avait 53 ans. C’était il y a un an et demi à peine et depuis, déjà quatre biographies ont été consacrées à l’ancien chanteur de Taxi Girl. C’est dire combien il manque.
Avec « Le Saut de l’ange », l’éditeur mulhousien médiapop  ajoute un « hommage » touchant. Emmanuel Abela et Bruno Chibane sont partis en quête de témoignages glanés auprès de celles et ceux qui ont un jour croisé la route de DD. En résulte non point un récit, mais un assemblage. Chacun raconte « son » Daniel Darc et le lecteur, pièce par pièce, reconstitue le portrait de l’inoubliable auteur de « Crèvecœur » et « La Taille de mon âme ».
« Cherchez le garçon » chantait-il en 1980 à bord du Taxi qu’il pilotait entre autres, avec Mirwais, cité ici lors d’un entretien exhumé par Emmanuel Abela. Artistes, journalistes, compagnons de route donnent aussi leur sentiment. Tous sont encore bouleversés par la disparition de l’ange noir dont ils rappellent la gentillesse, l’extrême timidité, le talent insolent, les goûts et les passions sans borne pour John Coltrane ou William S. Burroughs, les contradictions et les addictions à certaines substances, la foi en Dieu, le rire, le cuir noir, les tatouages…  Les aveux sont terriblement sincères. « Je trouvais Taxi Girl naze », lâche Christophe Miossec. Les souvenirs débordent d’émotion comme cette rencontre avec Franck Dupont : « Je lui dis tout. Qu’on l’a attendu... Combien il a compté pour nous… Il sourit, s’excuse d’être « l’éternel absent » et disparaît ». Cherchez le garçon…
Entre les photos souvenirs de Darc, il y a aussi ces confessions de l’homme lui-même. « Sans le rock, je serais mort depuis longtemps. Le problème c’est qu’à cause de lui, je vais sans doute mourir plus vite que d’autres. Mais je m’en fous, je suis vivant ! » Effectivement, en refermant ce très beau livre hommage, on est sûr que Daniel Darc fait à présent partie de ceux qui ne meurent jamais vraiment.
Thierry Boillot
LIRE « Le Saut de l’ange », collectif, médiapop éditions, 270 p., 25 €.

vendredi 8 août 2014

D’homme à homme



Ce récit si pudique est d’abord une histoire de « paire ». « Paire » que le père de l'auteur pense avoir entre les jambes en cumulant les conquêtes, en tyrannisant sa famille et de par ses positions politiques. « Paire » que la mère aura du mal à accepter quand son garçon grandira, se faisant homme.
C'est aussi l'histoire de ses « pairs » que Pascal Bruckner découvre à partir de la fac, l’ami Alain Finkielkraut ou les profs dont il fera, en quelque sorte, des pères de substitution.
Car ce livre est une histoire de pères. Celle du père de l'écrivain dans toute la complexité de la relation avec son fils, et celle de l’écrivain devenu père à son tour… et qui ne veut pas ressembler au sien.
Au final, une véritable histoire d'homme(s) quand la seule image féminine récurrente est celle de la mère soumise, frappée, humiliée. Même les mères des enfants de l'écrivain ne sont qu’à peine évoquées. Les chiens ne font pas des chats…
LIRE « Un bon fils », Pascal Bruckner, éd. Grasset, 251 p., 18 €.

vendredi 1 août 2014

Vaine vanité



Il y a là beaucoup de silences, de non-dits, de drames qui se tordent et se retournent, et se finissent en eau-de-boudin. On voudrait faire bonne figure, alors on ment, on (se) raconte ses sornettes, on éclaire faussement la grisaille du quotidien. Mais inutile, Tobias Wolff, implacable dans ses nouvelles étourdissantes, ne laisse aucun espoir : ce qui est fait est fait. « On ne peut visiter l’histoire que comme on visite un cimetière, un chapeau à la main. » Le reste, gesticulations, fantasmes, culpabilité, est d’une vaine vanité : « On peut lire les inscriptions gravées sur les pierres. On ne peut pas les réécrire. » Oui, on a bien trahi ses camarades à Prague après le printemps de 68. Oui, son fils n’ira pas en médecine malgré les tricheries. Oui, l’argent humilie davantage qu’il ne réconforte. Dix histoires impitoyables. « Il en est ainsi du meilleur des hommes et du pire des hommes. »
LIRE « Notre histoire commence », Tobias Wolff, Christian Bourgois éditeur, 184 p., 15 €.

La poésie de Michel Houellebecq


Dans l’attente de son prochain roman (le précédent, « La Carte et le Territoire », a été prix Goncourt en 2010), il vient de signer les paroles du dernier CD de Jean-Louis Aubert (« Les parages du vide ») et Arte diffusera le 27 août le film de Guillaume Nicloux « L’enlèvement de Michel Houellebecq » où l’écrivain interprète son propre rôle. Cet apparent papillonnage ne doit pas faire oublier que Michel Houellebecq est avant tout un poète, et une anthologie établie par l’auteur lui-même vient opportunément le rappeler. En voici un extrait, particulièrement cinglant et caractéristique.

L’amour, l’amour
« Dans un ciné porno, des retraités poussifs
Contemplaient, sans y croire,
Les ébats mal filmés de deux couples lascifs ;
Il n'y avait pas d'histoire.

Et voilà, me disais-je, le visage de l'amour,
L'authentique visage ;
Certains sont séduisants ; ils séduisent toujours,
Et les autres surnagent.

Il n'y a pas de destin ni de fidélité,
Mais des corps qui s'attirent.
Sans nul attachement et surtout sans pitié,
On joue et on déchire.

Certains sont séduisants et partant très aimés ;
Ils connaîtront l'orgasme.
Mais tant d'autres sont las et n'ont rien à cacher,
Même plus de fantasmes ;

Juste une solitude aggravée par la joie
Impudique des femmes ;
Juste une certitude : « Cela n'est pas pour moi »,
Un obscur petit drame.

Ils mourront c'est certain un peu désabusés,
Sans illusions lyriques ;
Ils pratiqueront à fond l'art de se mépriser ;
Ce sera mécanique.

Je m'adresse à tous ceux qu'on n'a jamais aimés,
Qui n'ont jamais su plaire ;
Je m'adresse aux absents du sexe libéré,
Du plaisir ordinaire.

Ne craignez rien, amis, votre perte est minime :
Nul part l'amour n'existe.
C'est juste un jeu cruel dont vous êtes les victimes ;
Un jeu de spécialistes. »

LIRE « Non réconcilié », Michel Houellebecq, éd. Poésie/Gallimard, 224 p., 10,50 €.

Les 7 épreuves



Une jeune fille – Sapna Sinha - se rend souvent au temple. Là, elle se fait repérer par Acharya, un industriel richissime à la tête du groupe ABC, qui lui propose de devenir PDG à sa place. Pour cela, Sapna devra réussir sept épreuves de la vie. Elle, dont la grande sœur et le père sont décédés, accepte car elle a en charge sa mère et sa jeune sœur. Elle passera les épreuves de leadership, d'intégrité, de  courage, de clairvoyance, d'ingéniosité et de réactivité. La dernière épreuve sera évidemment la plus difficile. Le tout en fréquentant des personnages hauts en couleurs, et sans jamais se séparer de sa famille et de ses « amis ».
Avec simplicité, l'auteur porte un regard très critique sur l'Inde d'aujourd'hui, dénonçant les violences faites aux femmes, les enfants réduits en esclavage, la corruption, le système de castes… Un conte moral des temps pas si modernes que ça. Rafraîchissant.
LIRE « Pour quelques milliards et une roupie », Vikas Swarup, éd. Belfond, 404 p., 21,90 €.