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mardi 22 juillet 2014

Les coups de coeur de Pierre Maenner



Ces 65 petites non-histoires, dans un petit bouquin noir de 150 pages - le compte est vite fait : elles durent chacune le temps de deux ou trois pages, parfois il n'y en a qu'une - ne font pas un roman et ne sont pas non plus des nouvelles. Juste un regard jeté sur des moments quelconques et ce qu'ils ont de rare, à y regarder de plus près.
Ces 49 petits parcours, dans un petit bouquin de 158 pages à l'air topographique -faites le compte : chacune couvre en moyenne trois pages, quelquefois deux ou quatre - ne sont pas des nouvelles et ne font pas davantage un roman. Juste des tentatives « pour résister à la tentation de l'ennui à la campagne ».
Deux petits livres tout pareils, sortis tous les deux le même jour – coïncidence - qui lus successivement ou simultanément, vous feront jouer aux « 7 différences », petit passe-temps de saison.
LIRE « On ne va pas se raconter d'histoires », David Thomas, éd. Stock,  150 p., 14 €.
« Ici », Christine Van Acker, éd. Le Dilettante, 158 p., 15 €.



Depuis quarante ans il navigue sur des chalutiers ou des cargos, toujours absent partout, jamais chez lui nulle part. Marseille ici, Salvador de Bahia là-bas. Entre les deux, l'équateur à franchir. Un océan à passer pour aller d'une mère à l'autre. A Marseille, il laisse une femme, deux filles, grandes, bientôt des petits-enfants, une famille, son passé. A Bahia, il rejoint une maîtresse et son petit garçon, un avenir s'il en reste. A présent maître d'équipage, aux prises avec un ramassis de gens comme lui, faits de toutes pièces et sans attaches, il envisage son dernier voyage. Au milieu de l'océan non plus, il ne se retrouve plus. Le temps vient de se poser sur une terre. Mais de quel côté de la ligne ira-t-il jeter les amarres ? Avant, après, quelle partie de lui choisira-t-il d'oublier ? Un beau premier roman, qui roule sur l'errance de l'être quand il cherche sa route, ballotté par les houles.

LIRE « Après l'équateur », Baptiste Fillon, éd. Gallimard, 220 p., 17,50 €.


Jeu tue



Après « le Jeu », Anders de la Motte revient avec la deuxième partie de sa trilogie. Mais ce « Buzz » est accessible même sans avoir lu le premier tome. Nous retrouvons Henrik Pettersson - dit HP – quatorze mois après avoir doublé « le jeu » et être parti avec la cagnotte. Il se cache de ci-de là, endosse différentes identités, rencontre la somptueuse Anna Argos… qui va mourir. Ça ne rate pas : les ennuis recommencent pour HP, d’autant plus que la mission de sa sœur en Afrique tourne au fiasco. Le frère et la sœur vont finir par se retrouver, mais de manière bien inattendue… Et pas forcément innocente. Car « le jeu » n’est jamais bien loin, pour le bonheur et le malheur d’HP…
Anders de la Motte est décidément un maître dans la construction d’intrigues aussi palpitantes qu’alambiquées, aussi « réalistes » que visionnaires. Son regard – son analyse ? – sur l’utilisation d’internet fait froid dans le dos. Virtuel ou réel ?
LIRE « Buzz », Anders de la Motte, éd. Fleuve noir, 449 p., 19,90 €.



vendredi 18 juillet 2014

Ce qui paraît



Avec Vincenzo, il faut croire que ce n’était plus possible. Il « l’avait aimée nuit après nuit pendant des années avec la voracité du début », et puis il y avait eu cet enfant qu’ils n’avaient pu avoir. Le fossé s’était creusé. Costanza, la cinquantaine venue, avait regagné Rome. Elle avait rencontré Bruno, un photographe allemand, était devenue son assistante. Et Bruno était mort, lui léguant son ordinateur. Dans un fichier, d’étranges fragments, photos de statues abîmées. Des fragments qui semblent dialoguer avec le mausolée que Costanza visite sans cesse, l’église de la sainte qui porte son nom. Et puis, il y aussi ce mail apparu sur l’écran du PC de Bruno, d’un certain Martin, peut-être le dernier amour de Bruno, peut-être le prochain de Costanza, elle qui semble en plein hiver sensuel. Et tellement en demande. Un merveilleux roman, fragile et envoûtant, sur la nécessité de tirer un trait sur « ce qui paraît ».
LIRE « Un hiver à Rome », Elisabetta Rasy, éd. du Seuil, 114 p., 15 €.

vendredi 11 juillet 2014

Hervé, 14 ans



On a 17 ans, la mère a perdu les pédales, le père on ne sait pas, on se réfugie à La Rochelle chez la grand-mère, on s’ennuie au lycée, on se plonge dans le théâtre, c’est bien ça, le théâtre pour un jeune homme « égoïste, détaché »
Un jour, au cours de théâtre, il aperçoit un nouvel élève, très jeune, 14 ans, Hervé, si pâle, c’est le coup de foudre, ces deux-là deviennent inséparables, dans le secret (« Je ne montre rien de l’excès qui me ravage »), ou presque. Ils rêvent d’organiser un exil à Rome, de tenter leur chance à Cinecittà, que Pasolini écrive un film tiré de leur histoire.
C’est le récit d’une passion fulgurante, singulière et d’une innocence enragée. Un récit qui prend encore plus de relief quand on apprend que Hervé, c’est Hervé Guibert, le futur auteur. Une passion dont la flamme vacillera au prix de mille éclats, et s’éteindra en « tranchant le fil d’un amour qui n’existait plus. »
LIRE « Deux garçons », Philippe Mezescaze, éd. Mercure de France, 120 p., 13,80 €.

vendredi 4 juillet 2014

Reconstruire



Après « La demoiselle des tic-tac » qui se déroulait en 1944, Nathalie Hug nous amène à la fin de la Première guerre mondiale, reprenant sa réflexion sur la société française durant les conflits. Nous sommes toujours en Lorraine, un village est en zone de combats, voué à l'abandon par les autorités. Seules les femmes sont présentes, décidées à reconstruire leur village. Les hommes reviendront petit à petit. C’est Louise, 16 ans, qui raconte. Elle a été violée et a été recueillie par Anne et Vida, deux sages-femmes qui lui enseignent leur savoir-faire et les rudiments d'une bonne éducation.
Avec une sensibilité remarquable, Nathalie Hug nous entraîne au cœur de ces foyers, mêlant les croyances, les doutes, les joies, les cancans, les rapports de force, l'occupation américaine, les maux à soigner, les amours. On vit le passé… et on voit à quel point les choses n'ont pas tant changé que cela aujourd’hui.
LIRE « 1, rue des petits-pas », Nathalie Hug, éd. Calmann-Lévy, 346 p., 18,90 €.