Rechercher dans ce blog

vendredi 22 août 2014

Le coup de coeur de Nicole Bouisset



1945. De l'exil dans le Limousin, voici venu pour Alice et sa sœur le temps du retour au bercail, Val-Dieu. C'était les années d'après-guerre où là, à l'ombre des cerisiers prometteurs de kirsch et des vignes dignes des faveurs de Bacchus, tout était à refaire. Pour Alice et Augustin, le tendre sentiment éclos dans l'enfance est en passe de s'accomplir ; hélas, un lourd secret de famille et la sombre intrigue d'un cœur désespéré rejaillit douloureusement sur leur projet d'union. Le sens du devoir, celui de la fidélité aux siens et l'amour de l'ouvrage bien fait seront vecteurs et révélateurs de leur destinée. Avec en filigrane, une description amoureuse du travail d'orfèvre accompli par les bouilleurs de cru, voici une chronique alsacienne belle et porteuse d'espoir, très attachante, des portraits d'êtres de chair et de sang à la croisée des chemins.
LIRE « L'enfant de la cerisaie », Geneviève Senger, éd. Calmann-Lévy, collection France de toujours et d'aujourd'hui, 416 p.,  20,50 €.

vendredi 15 août 2014

Non-dits



Avec un titre pareil on s'attend à un polar sur la fugue ou le kidnapping d'un enfant. En fait, on lira bien une enquête, mais réalisée par Julian Dransfield, un journaliste anglais à la retraite et qui porte sur des faits remontant à mai 1962 dans le village d'Yonge, en Charente-Maritime. Dans la petite école privée du cru s’était produit un événement qui allait marquer pour toujours les élèves présents et les deux vieilles filles d’institutrices. Le spectacle de cette fin d'année-là n’avait jamais eu lieu.
50 ans après, Julian rouvre les blessures, sympathise avec Adrien, bouquiniste de son état, et à l'époque meilleur ami d'Oscar, le fameux garçon disparu de 1962. Adrien va finir par se livrer comme jamais à Julian, racontant les méandres d'une communauté villageoise du début des années 60 - avec son lot de secrets, ainsi que le détour qu’il fit par la capitale, là aussi avec des non-dits. Troublant.
LIRE « Un garçon disparaît », François Rivière, éd. Rivages, 248 p., 20 €.

Les coups de coeur de Jacques Bertho



Inspecteur de la « Crim’ » londonienne, Jack Carrigan a jadis été victime en Ouganda d’un drame qui le hante. Ce passé lui revient en pleine figure lorsqu’il se voit chargé de l’enquête sur le meurtre atroce d’une étudiante ougandaise, Grace Okello. Malgré son chef qui n’a plus confiance en lui et lui met dans les pattes l’enquêtrice Geneva Miller, Carrigan s’acharne à retrouver l’assassin et son commanditaire. L’improbable tandem Carrigan-Miller va-t-il fonctionner ? Tous deux sont des bourreaux de travail qui tentent ainsi, chacun, d’ « esquiver sa vie » ratée. Mais leurs investigations dérangent en haut lieu…
Plongée dans un Londres de clandestins et de réfugiés africains, parfois au cœur d’une infra-communauté minée par la misère et la drogue et où rôde la terrible ombre des enfants-soldats, l’enquête, efficacement racontée, vacille de fausses pistes en impasses, de surprises sanglantes en horreurs macabres.
LIRE « Le Vent à gorge noire », Stav Sherez, éd. Stock, 403 p., 22 €.


Dans la famille Wolfe, contrebandiers de père en fils entre Texas et Mexique, demandez Eddie, vous ne serez pas déçu… Eddie, qui s’est éloigné de son clan et ses lois, s’est fait embaucher comme gardien d’une riche propriété d’un chef de cartel mexicain. Il commet une super-bavure après avoir séduit la maîtresse d’un mafieux. Seule issue, la fuite, en traversant la désertique « Tierra del diablo » pour passer aux USA. Mais les tueurs du cartel, poètes du fusil à lunette, des pruneaux mortels et du poignard d’égorgeur, sont aux trousses du couple. De même que tous les flingueurs assoiffés de dollars de ce no man’s land brûlé par le soleil… Tandis que le clan Wolfe prépare aussi l’artillerie…
Excellent polar de cavale au suspense sans cesse relancé, « La Loi des Wolfe » est aussi un portrait effrayant de la mainmise de cartels hyperviolents sur le Mexique et des guerres sauvages entre gangs qui pourrissent le pays.
LIRE « La Loi des Wolfe », James Carlos Blake, éd. Rivages, 284 p., 21 €.

« Costaud comme un bœuf », Danny Bedford est hélas faible d’esprit depuis un accident quand il était gamin, dans lequel ses parents sont morts. Ce qui en fait la risée de son village –  Wyalusing, 379 âmes, département cambrousse profonde, quelque part en Pennsylvanie. Danny le géant est pourtant un vrai gentil. Tout l’inverse de Mike Sokowski, l’adjoint du shérif, teigne pourrie, la malhonnêteté et la méchanceté rivées au cœur, un picoleur violent et grossier qui, en plus, trafique dans la marijuana. Pour Sokowski, l’innocent Danny sera le bouc émissaire idéal lorsque Mindy, la serveuse du restau du coin, va être assassinée…  Mais un terrible engrenage va s’enclencher…
Sur les traces du géant Lennie des « Souris et des hommes » de Steinbeck, Danny est remarquablement portraituré par l’auteur, qui décline aussi de belle manière le thème du flic corrompu et brutal qui impose sa loi dans son patelin.
LIRE « Deep Winter », Samuel W. Gailey, éd. Gallmeister, 315 p., 23,40 €.



Darc is Darc



Le mauvais côté de l’histoire de la vie de Daniel Darc, c’est qu’on connaît la fin. En rubrique nécrologique. Retrouvé mort chez lui à Paris le 28 février 2013. Il avait 53 ans. C’était il y a un an et demi à peine et depuis, déjà quatre biographies ont été consacrées à l’ancien chanteur de Taxi Girl. C’est dire combien il manque.
Avec « Le Saut de l’ange », l’éditeur mulhousien médiapop  ajoute un « hommage » touchant. Emmanuel Abela et Bruno Chibane sont partis en quête de témoignages glanés auprès de celles et ceux qui ont un jour croisé la route de DD. En résulte non point un récit, mais un assemblage. Chacun raconte « son » Daniel Darc et le lecteur, pièce par pièce, reconstitue le portrait de l’inoubliable auteur de « Crèvecœur » et « La Taille de mon âme ».
« Cherchez le garçon » chantait-il en 1980 à bord du Taxi qu’il pilotait entre autres, avec Mirwais, cité ici lors d’un entretien exhumé par Emmanuel Abela. Artistes, journalistes, compagnons de route donnent aussi leur sentiment. Tous sont encore bouleversés par la disparition de l’ange noir dont ils rappellent la gentillesse, l’extrême timidité, le talent insolent, les goûts et les passions sans borne pour John Coltrane ou William S. Burroughs, les contradictions et les addictions à certaines substances, la foi en Dieu, le rire, le cuir noir, les tatouages…  Les aveux sont terriblement sincères. « Je trouvais Taxi Girl naze », lâche Christophe Miossec. Les souvenirs débordent d’émotion comme cette rencontre avec Franck Dupont : « Je lui dis tout. Qu’on l’a attendu... Combien il a compté pour nous… Il sourit, s’excuse d’être « l’éternel absent » et disparaît ». Cherchez le garçon…
Entre les photos souvenirs de Darc, il y a aussi ces confessions de l’homme lui-même. « Sans le rock, je serais mort depuis longtemps. Le problème c’est qu’à cause de lui, je vais sans doute mourir plus vite que d’autres. Mais je m’en fous, je suis vivant ! » Effectivement, en refermant ce très beau livre hommage, on est sûr que Daniel Darc fait à présent partie de ceux qui ne meurent jamais vraiment.
Thierry Boillot
LIRE « Le Saut de l’ange », collectif, médiapop éditions, 270 p., 25 €.