LIRE « L'enfant de
la cerisaie », Geneviève Senger, éd. Calmann-Lévy, collection France de
toujours et d'aujourd'hui, 416 p., 20,50
€.
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vendredi 22 août 2014
Le coup de coeur de Nicole Bouisset
vendredi 15 août 2014
Non-dits
Avec un titre pareil on
s'attend à un polar sur la fugue ou le kidnapping d'un enfant. En fait, on lira
bien une enquête, mais réalisée par Julian Dransfield, un journaliste anglais à
la retraite et qui porte sur des faits remontant à mai 1962 dans le village
d'Yonge, en Charente-Maritime. Dans la petite école privée du cru s’était
produit un événement qui allait marquer pour toujours les élèves présents et
les deux vieilles filles d’institutrices. Le spectacle de cette fin d'année-là
n’avait jamais eu lieu.
50 ans après, Julian rouvre
les blessures, sympathise avec Adrien, bouquiniste de son état, et à l'époque
meilleur ami d'Oscar, le fameux garçon disparu de 1962. Adrien va finir par se
livrer comme jamais à Julian, racontant les méandres d'une communauté
villageoise du début des années 60 - avec son lot de secrets, ainsi que le
détour qu’il fit par la capitale, là aussi avec des non-dits. Troublant.
LIRE « Un garçon disparaît », François Rivière, éd.
Rivages, 248 p., 20 €.
Les coups de coeur de Jacques Bertho
Inspecteur de la « Crim’ » londonienne, Jack Carrigan a
jadis été victime en Ouganda d’un drame qui le hante. Ce passé lui revient en
pleine figure lorsqu’il se voit chargé de l’enquête sur le meurtre atroce d’une
étudiante ougandaise, Grace Okello. Malgré son chef qui n’a plus confiance en
lui et lui met dans les pattes l’enquêtrice Geneva Miller, Carrigan s’acharne à
retrouver l’assassin et son commanditaire. L’improbable tandem Carrigan-Miller
va-t-il fonctionner ? Tous deux sont des bourreaux de travail qui tentent
ainsi, chacun, d’ « esquiver sa vie » ratée. Mais leurs investigations
dérangent en haut lieu…
Plongée dans un Londres de clandestins et de réfugiés
africains, parfois au cœur d’une infra-communauté minée par la misère et la
drogue et où rôde la terrible ombre des enfants-soldats, l’enquête,
efficacement racontée, vacille de fausses pistes en impasses, de surprises
sanglantes en horreurs macabres.
LIRE « Le Vent
à gorge noire », Stav Sherez, éd. Stock, 403 p., 22 €.
Dans la famille Wolfe, contrebandiers de père en fils
entre Texas et Mexique, demandez Eddie, vous ne serez pas déçu… Eddie, qui
s’est éloigné de son clan et ses lois, s’est fait embaucher comme gardien d’une
riche propriété d’un chef de cartel mexicain. Il commet une super-bavure après
avoir séduit la maîtresse d’un mafieux. Seule issue, la fuite, en traversant la
désertique « Tierra del diablo » pour passer aux USA. Mais les tueurs du
cartel, poètes du fusil à lunette, des pruneaux mortels et du poignard
d’égorgeur, sont aux trousses du couple. De même que tous les flingueurs
assoiffés de dollars de ce no man’s land brûlé par le soleil… Tandis que le
clan Wolfe prépare aussi l’artillerie…
« Costaud comme un bœuf », Danny Bedford est hélas faible
d’esprit depuis un accident quand il était gamin, dans lequel ses parents sont
morts. Ce qui en fait la risée de son village –
Wyalusing, 379 âmes, département cambrousse profonde, quelque part en
Pennsylvanie. Danny le géant est pourtant un vrai gentil. Tout l’inverse de Mike
Sokowski, l’adjoint du shérif, teigne pourrie, la malhonnêteté et la méchanceté
rivées au cœur, un picoleur violent et grossier qui, en plus, trafique dans la
marijuana. Pour Sokowski, l’innocent Danny sera le bouc émissaire idéal lorsque
Mindy, la serveuse du restau du coin, va être assassinée… Mais un terrible engrenage va s’enclencher…
Dans la famille Wolfe, contrebandiers de père en fils
entre Texas et Mexique, demandez Eddie, vous ne serez pas déçu… Eddie, qui
s’est éloigné de son clan et ses lois, s’est fait embaucher comme gardien d’une
riche propriété d’un chef de cartel mexicain. Il commet une super-bavure après
avoir séduit la maîtresse d’un mafieux. Seule issue, la fuite, en traversant la
désertique « Tierra del diablo » pour passer aux USA. Mais les tueurs du
cartel, poètes du fusil à lunette, des pruneaux mortels et du poignard
d’égorgeur, sont aux trousses du couple. De même que tous les flingueurs
assoiffés de dollars de ce no man’s land brûlé par le soleil… Tandis que le
clan Wolfe prépare aussi l’artillerie…
Excellent polar de cavale au suspense sans cesse relancé,
« La Loi des Wolfe » est aussi un portrait effrayant de la mainmise de cartels
hyperviolents sur le Mexique et des guerres sauvages entre gangs qui
pourrissent le pays.
LIRE « La Loi
des Wolfe », James Carlos Blake, éd. Rivages, 284 p., 21 €.
« Costaud comme un bœuf », Danny Bedford est hélas faible
d’esprit depuis un accident quand il était gamin, dans lequel ses parents sont
morts. Ce qui en fait la risée de son village –
Wyalusing, 379 âmes, département cambrousse profonde, quelque part en
Pennsylvanie. Danny le géant est pourtant un vrai gentil. Tout l’inverse de Mike
Sokowski, l’adjoint du shérif, teigne pourrie, la malhonnêteté et la méchanceté
rivées au cœur, un picoleur violent et grossier qui, en plus, trafique dans la
marijuana. Pour Sokowski, l’innocent Danny sera le bouc émissaire idéal lorsque
Mindy, la serveuse du restau du coin, va être assassinée… Mais un terrible engrenage va s’enclencher…
Sur les traces du géant Lennie des « Souris et des hommes
» de Steinbeck, Danny est remarquablement portraituré par l’auteur, qui décline
aussi de belle manière le thème du flic corrompu et brutal qui impose sa loi
dans son patelin.
LIRE « Deep Winter », Samuel W. Gailey, éd.
Gallmeister, 315 p., 23,40 €.
Darc is Darc
Le mauvais côté de l’histoire de la vie de Daniel Darc,
c’est qu’on connaît la fin. En rubrique nécrologique. Retrouvé mort chez lui à
Paris le 28 février 2013. Il avait 53 ans. C’était il y a un an et demi à peine
et depuis, déjà quatre biographies ont été consacrées à l’ancien chanteur de
Taxi Girl. C’est dire combien il manque.
Avec « Le Saut de l’ange », l’éditeur
mulhousien médiapop ajoute un
« hommage » touchant. Emmanuel Abela et Bruno Chibane sont partis en quête
de témoignages glanés auprès de celles et ceux qui ont un jour croisé la route
de DD. En résulte non point un récit, mais un assemblage. Chacun raconte
« son » Daniel Darc et le lecteur, pièce par pièce, reconstitue le portrait
de l’inoubliable auteur de « Crèvecœur » et « La Taille de mon
âme ».
« Cherchez le garçon » chantait-il en 1980 à
bord du Taxi qu’il pilotait entre autres, avec Mirwais, cité ici lors d’un
entretien exhumé par Emmanuel Abela. Artistes, journalistes, compagnons de
route donnent aussi leur sentiment. Tous sont encore bouleversés par la
disparition de l’ange noir dont ils rappellent la gentillesse, l’extrême
timidité, le talent insolent, les goûts et les passions sans borne pour John
Coltrane ou William S. Burroughs, les contradictions et les addictions à
certaines substances, la foi en Dieu, le rire, le cuir noir, les
tatouages… Les aveux sont terriblement
sincères. « Je trouvais Taxi Girl naze », lâche Christophe Miossec.
Les souvenirs débordent d’émotion comme cette rencontre avec Franck Dupont :
« Je lui dis tout. Qu’on l’a attendu... Combien il a compté pour nous… Il
sourit, s’excuse d’être « l’éternel absent » et disparaît ».
Cherchez le garçon…
Entre les photos souvenirs de Darc, il y a aussi ces
confessions de l’homme lui-même. « Sans le rock, je serais mort depuis
longtemps. Le problème c’est qu’à cause de lui, je vais sans doute mourir
plus vite que d’autres. Mais je m’en fous, je suis vivant ! » Effectivement,
en refermant ce très beau livre hommage, on est sûr que Daniel Darc fait à
présent partie de ceux qui ne meurent jamais vraiment.
Thierry Boillot
LIRE « Le
Saut de l’ange », collectif, médiapop éditions, 270 p., 25 €.
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