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vendredi 18 octobre 2013

Les choix de Martine Marion



Soif de paternité
Pas simple, lorsque l’on a 50 ans, que l’on est  très connu dans le monde de la culture, que l’on est le frère d’un journaliste vedette, bref, que l’on est tout sauf anonyme… de raconter sa stérilité et son désir de paternité plus fort que tout. C’est pourtant ce qu’a fait Olivier Poivre d’Arvor dans son dernier livre avec une sincérité touchante. Il veut un enfant, il est célibataire, il souffre d’azoospermie. Autant dire que les signaux ne sont pas favorables. Mais au hasard d’un voyage dans cette Afrique qu’il connaît pour   Il lui faudra deux années de démarches en France et au Togo pour réussir à faire venir à Paris cette petite fille qui, elle, l’a tout de suite adopté.  Une expérience humaine menée à travers les méandres d’une administration bien souvent inhumaine.

y avoir été diplomate, il rencontre Amaal, une petite fille de sept ans, orpheline. Il décide de l’adopter.
LIRE « Le jour où j’ai rencontré ma fille », Olivier Poivre d’Arvor, éditions Grasset, 256 p., 18 €.


Leçon d’écriture
Dany Laferrière a encore frappé. Cette fois, il ne nous parle pas de Haïti, son pays natal, mais de lui, de ses heurts et malheurs d’écrivain, de sa passion pour les livres. Il a été débutant il y a trente ans, et il en a tiré des leçons qu’il met au profit de ses lecteurs qui souhaitent, à leur tour, écrire. Il le fait comme toujours avec douceur et humour, en se livrant personnellement. « Ecrire, dit-il, est d’abord une fête intime ».  Pour lui, le travail ne doit pas se faire dans la douleur. Ne conseille-t-il pas de poser son crayon dès que l’on a sommeil ? De toute manière, il assure qu’au-delà de deux heures à deux heures trente de labeur, l’esprit se met au chômage. Inutile de forcer la nature. Dilettante, Dany Laferrière ? Un peu certainement, mais avant tout un amoureux de la vie qui n’a jamais craint de « salir » des feuilles blanches, pour le plus grand bonheur de ses lecteurs.
LIRE « Journal d’un écrivain en pyjama », Dany Laferrière, éditions Grasset, 320 p., 19 €.

Drôle de duo pour une histoire d’amour


C’est une drôle de rencontre il y a deux ans sur Facebook. Entre deux êtres, « inaptes à l’amour durable et partagé », et qui vont se renifler, s’accepter, conclure un « pacte de partenariat ». Elle c’est Chloé Delaume, elle est écrivain, personnalité radicale, « crevarde bipolaire et ex-pute » comme elle l’écrit elle-même. Lui, c’est Daniel Schneidermann, le célèbre spécialiste de la critique des médias, créateur à la télé puis sur internet d’« Arrêt sur images ». À 53 ans, il traîne derrière lui « une carrière amoureuse qui ne ressemble plus à rien, deux mariages et un Pacs, […] et pour finir un champ de ruines."
Chloé Delaume et Daniel Schneidermann

Elle est peut-être l’écrivain qu’il rêvait d’être. Lui est peut-être l’homme (l’épaule) contre lequel elle rêvait de s’appuyer. À quatre mains, ils décident d’écrire un livre dont le point de départ est un drame familial : Chloé avait dix ans quand son père a tué sa mère et retourné l’arme contre lui. Ce père était libanais, et son frère – l’oncle de Chloé Delaume – est Georges Ibrahim Abdallah, prisonnier politique en France, et qui fut un temps l’ennemi public n°1, accusé notamment d’attentats au cœur de Paris dans les années 80. Ironie du sort : Daniel Schneidermann couvrait alors ces événements pour le journal Le Monde.
Chloé/Daniel. Deux trajectoires qui se rejoignent avec, au-delà de leur histoire d’amour, ce désir d’écrire ensemble ce roman-enquête pour remonter à la source de la violence dans la famille de Chloé Delaume, le Liban, où elle n’a plus mis les pieds depuis 30 ans. Avec lui, elle se dit qu’il est possible de se confronter à son passé. Lui est amoureux de Chloé, alors il veut bien l’accompagner dans cette aventure, et un journaliste de son espèce frétille à l’idée de se rendre dans l’œil du cyclone du Proche-Orient. Ce sera leur été 2012, à Kobayat, tout près de la frontière syrienne.
Mais, dans leur livre - original, singulier, d’une sincérité presque désarmante -, avant d’arriver à la partie du Liban, il faut passer de nombreux chapitres pas si secondaires que ça. Nos deux tourtereaux veulent éclairer les enjeux du voyage. Pour connaître les deux personnages. Par exemple, l’adolescence de Chloé (après le décès de ses parents elle fut recueillie par un oncle et une tante racistes). Et d’aborder la question de toutes les violences, physique certes, mais surtout morale : en quoi les mensonges ou la domination détruisent des vies.
Au Liban, enfin, nous découvrons une famille, une vraie famille, une famille (étonnamment ?) sympa. « Des vivants, des fantômes, des os devenus du verre. […] Un clan c’est des valeurs autour d’un patronyme. Quelques membres sont manquants, cautériser les gouffres est parfois compliqué. » Chloé, elle, éparpillée par la tragédie de son enfance, n’a jamais voulu enfanter. Et là, elle se retrouve face aux chaînons présents de son histoire. Ceux qui ont dit : oui, malgré les guerres, malgré les plaies, on continue, on conçoit une nouvelle génération. C’est un peu « Alice au pays des merveilles » au royaume de la déglingue. On peut aussi se reconstruire ainsi.
LIRE « Où le sang nous appelle », Chloé Delaume, Daniel Schneidermann, éditions du Seuil, 370 p., 21 €.


jeudi 17 octobre 2013

Jeudi, les meilleures ventes



Romans
1. « Cinq jours », Douglas Kennedy, éditions Belfond, 22 €.
2. « Billie », Anna Gavalda, éditions Le Dilettante, 15 €.
3. « Beautiful stranger », Christina Lauren, éditions Hugo, 17 €.
4. « L'extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea », Romain Puértolas, éditions Le Dilettante, 19 €.
5. « Troisième humanité, vol. 2 : Les micro-humains », Bernard Werber, éditions Albin Michel, 22 €.
6. « Un jour je m'en irai sans en avoir tout dit », Jean d'Ormesson, éditions Robert Laffont, 21 €.
7. « Fifty shades, vol. 1 : Cinquante nuances de Grey », E.L. James, éditions Lattès, 17 €.

Essais et documents
1. « Hexagone : sur les routes de l'histoire de France », Lorànt Deutsch, éditions Michel Lafon, 19 €.
2. « Une envie de vérité », Cécilia Attias, éditions Flammarion, 20 €.
3. « De la lumière à l'oubli », Michel Drucker, éditions Robert Laffont, 22 €.
4. « Plaidoyer pour l'altruisme : la force de la bienveillance », Matthieu Ricard, NiL éditions, 23 €.
5. « La violence des riches », Michel Pinçon, Monique Pinçon-Charlot, éditions Zones, 17 €.
6. « Le monde comme il me parle », Olivier de Kersauson, éditions Le Cherche Midi, 16 €.
7. « Moi, Malala, je lutte pour l'éducation et je résiste aux talibans », Malala Yousafzai, éditions Calmann-Lévy, 18 €.
8. « Un été avec Montaigne », Antoine Compagnon, éditions des Equateurs/France Inter, 12 €.

SOURCE Ipsos/Livres hebdo. Ventes du 7 au 13 octobre 2013.

vendredi 11 octobre 2013

Rencontre : Léonor de Récondo



À l’instar de Léonard de Vinci, Michel-Ange avait tous les talents. Mais lui se définissait avant tout comme sculpteur. On découvre même, grâce à « Pietra Viva », le très beau roman de Léonor de Récondo (en photo), qu’il s’était lancé dans la dissection… pour mieux comprendre, de l’extérieur comme de l’intérieur, le corps humain. Un Michel-Ange dont on ne sait pas grand-chose, des incertitudes dont la romancière fait son miel en imaginant une intrigue aussi sensuelle que troublante, dont la force tient en des personnages proprement envoûtants.
Pourquoi s’intéresser à Michel-Ange sculpteur ?
Mon idée de départ était d’écrire sur les carrières de marbre en Italie et sur les gens qui y travaillent. Mon père est sculpteur et de 4 à 14 ans j’ai passé toutes mes vacances à Pietrasanta, près de Carrare, en Italie. J’y croisais par exemple Cavallino, cet homme qui se prend pour un cheval et que j’ai glissé dans mon roman. J’allais prendre l’apéro au bar Michelangelo. Michel-Ange a vraiment séjourné dans ce village.
Pourquoi aimait-il tant le marbre ?
Michel-Ange était l’un des rares artistes à chercher lui-même son matériau. Le marbre est cette « pietra viva », cette pierre fraîche qui vient d’être coupée. C’est du calcaire fait de coquillages fossilisés. C’est donc de la vie. Michel-Ange redonne vie à la pierre.
Dans ce village, lui qui n’a toujours vécu que pour lui-même, va s’ouvrir aux autres.
Je raconte le cheminement intérieur d’un homme verrouillé à l’intérieur depuis que sa mère est morte quand il n’était qu’un enfant. Il a décidé qu’il allait dominer le monde et les autres en maîtrisant la beauté absolue. Mon roman est tendu vers l’instant où l’artiste va être dépassé par sa vision du monde, ce moment où sa vie bascule, où sa mémoire lui revient, où il accepte les autres. Il va littéralement s’extraire de lui-même.
Il ne sera plus jamais le même ?
Oui, ce lâcher prise dans sa vie, on le sent dans son art : ses statues resteront presque toutes inachevées. Au début de son œuvre, il voulait dominer l’élément. Mais, après Carrare, le doute s’installe en lui.
LIRE « Pietra Viva », Léonor de Récondo, Sabine Wespieser éditeur, 228 p., 20 €.