À quoi reconnaît-on qu’un livre sort du commun ?
Quand a-t-on envie de crier au chef-d’œuvre ? Quand les pages que nous sommes
en train de lire vous attrapent et ne vous lâchent plus, quand ces mots
semblent là pour toujours, au contraire de tant d’ouvrages de circonstance ou
surfant sur des modes, alors oui, tout de même, on se dit qu’il faudrait se
lancer, le clamer haut et fort : « Une enfance de rêve » de
Catherine Millet secoue la littérature, secoue l’existence de son lecteur. Un récit
admirable qui clôt la trilogie autobiographie de cette femme sortie de sa
chambre, après « La vie sexuelle de Catherine M. » et « Jour de
souffrance ».

Catherine Millet est née à Bois-Colombes le 1er
avril 1948. La famille de cinq personnes (elle a aussi un frère, Philippe, dont
le secret de la naissance pèse également) loge dans deux pièces, puis trois,
dans un appartement avec deux grands balcons où la fillette joue à la marelle.
Dans la rue, avec les autres enfants, elle n’a pas le droit, on ne peut y avoir
que de mauvaises fréquentations. La grand-mère, « fille d’un coiffeur
alsacien venu s’installer à Paris, avait comme beaucoup d’enfants de
commerçants dans ce temps-là, passé ses jeunes années entre le salon de son père
et le bitume. » Il n’était plus question d’y retourner.
Petite, dans le tourment de cette éducation brutale,
chaotique, Catherine s’en ouvrait à Dieu, « qui voit tout ».
Dieu, elle l’a oublié depuis longtemps. Sa mère se suicidera, à l’âge de
soixante-trois ans. La grand-mère était déjà morte de sa « belle
mort », à quatre-vingt-treize ans. Le père d’un cancer. Le frère d’un
accident de la route, à 21 ans, avec quatre de ses camarades. À l’enterrement
de sa mère, l’employé des pompes
funèbres prie les personnes présentes de former un cortège derrière le
corbillard, « la proche famille devant ». Catherine note, et c’est la
chute de ce livre unique, et universel : « Tout le monde lui obéit,
et il fallut que je me retourne pour me rendre qu’en effet j’étais seule à
l’avant. »
LIRE
« Une enfance de rêve », Catherine Millet, éditions Flammarion, 286
p., 19,50 €.
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