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jeudi 26 décembre 2013

Vaudeville glauque



Il est à Rome pour enquêter sur l’actrice pornographique Claudia Koll. Il veut un entretien, elle lui échappe. Du porno, par contre, il va en avoir, de l’inattendu, du pathétique, un film X visionné dans une chambre d’hôtel avec un certain Francis. Il rentre à Paris, bidonne son article, et paf, il apprend que le gars de la chambre d’hôtel est à l’hôpital, dans le coma. Sa quasi-veuve veut que notre reporter vienne lui rendre visite, il obéit. Bientôt, elle voudra davantage, suivez mon regard. Le vaudeville, catégorie glauque. La sainte-nitouche, son amant, et le mari qui se meurt à l’hosto. L’amant, du coup, il se verrait bien en pole position. Mais il suffit pas de coucher au Formule 1 pour remplacer le mari, elle lui garde le pire pour la fin. « Qui est trompé, qui ne l’est pas ? Profonde et vaste question » à laquelle répond, faussement nonchalant, réellement brillant, un David di Nota très en verve.
LIRE « Ta femme me trompe », David di Nota, éd. Gallimard, 138 p., 15,90 €.

mercredi 25 décembre 2013

Les meilleures ventes



Romans

1. « Au revoir là-haut », Pierre Lemaitre, éditions Albin Michel, 22,50 €.
2. « L'extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea », Romain Puértolas, éditions Le Dilettante, 19 €.
3. « Doctor Sleep », Stephen King, éditions Albin Michel, 25 €.
4. « Vengeance en Prada : le retour du diable », Lauren Weisberger, éditions Fleuve noir, 19,90 €.
5. « L'analphabète qui savait compter », Jonas Jonasson, éditions Presses de la Cité, 22 €.
6. « Le sang de la trahison », Hervé Jourdain, éditions Fayard, 8,90 €.
7. « Ainsi résonne l'écho infini des montagnes », Khaled Hosseini, éditions Belfond, 22,50 €.
8. « Le quatrième mur », Sorj Chalandon, éditions Grasset, 19 €.

Essais et documents

1. « Voyages en absurdie : chroniques », Stéphane De Groodt, Christophe Debacq, éditions Plon, 15,90 €.
2. « Hexagone : sur les routes de l'histoire de France », Lorànt Deutsch, éditions Michel Lafon, 19 €.
3. « Du bonheur : un voyage philosophique », Frédéric Lenoir, éditions Fayard, 18,00 €.
4. « Sur les épaules de Darwin, volume 2, Je t'offrirai des spectacles admirables », Jean-Claude Ameisen, éditions Les Liens qui libèrent, 22,50 €.
5. « Le grand café des brèves de comptoir », Jean-Marie Gourio, éditions Robert Laffont, 23 €.
6. « La vérité et rien d'autre : autobiographie », Mike Tyson, éditions des Arènes, 21,50 €.
7. « C'est quoi ce bordel ? », Laurent Baffie, éditions Kero, 15,90 €.
8. « On a tiré sur le Président », Philippe Labro, éditions Gallimard, 20 €.
9. « Cinq méditations sur la mort : autrement dit sur la vie », François Cheng, éditions Albin Michel, 15 €.

SOURCE Ipsos/Livres hebdo. Ventes du 16 au 22 décembre

vendredi 20 décembre 2013

Qu’est devenu Dan, l’enfant de « Shining » ?



Il est des histoires qu’on n’oublie pas. « Shining » est de celles-là… surtout après l’adaptation qu’en fit au cinéma Stanley Kubrick. Stephen King (en photo) a été interpellé bien des fois sur ce qu’avait pu devenir Dan Torrance, ce garçon qui voyait des fantômes et qui avait failli mourir sous les coups de son père devenu fou dans l’Overlook hotel, un palace isolé de tout par la neige dans le Colorado.
Stephen King
Le romancier américain nous aura fait attendre 35 ans, mais voici enfin des nouvelles de Dan. « Docteur Sleep » raconte son destin, de l’enfance à l’âge adulte, et l’alcoolisme comme trait d’union avec son père. L’alcoolisme, avec la déchéance et l’errance qui en résultent. L’alcoolisme avec le soutien des alcooliques anonymes… et la rédemption. C’est certainement la partie autobiographique du roman car, comme le note l’auteur en fin d’ouvrage : « L’homme qui a écrit « Docteur Sleep » est très différent de l’alcoolique de bonne volonté qui a écrit « Shining » ».
Mais, chez Stephen King, le fantastique n’est jamais loin. Ici, Dan est rongé par un Don, celui de voir et de ressentir des choses comme personne. Un fardeau qu’il fuit dans l’alcool, la drogue et en parcourant les Etats-Unis. C’est à Frazier, une petite ville du New Hampshire, qu’il va d’abord trouver l’apaisement. Il y trouve un job dans une maison de retraite, ne boit plus… et bientôt la rumeur murmure qu’il aiderait les mourants à passer de l’autre côté avec une incroyable sérénité. Non loin de Frazier grandit une enfant, Abra, elle également exceptionnelle. À eux deux, ils vont devoir affronter le Nœud Vrai, un groupe de faux-touristes qui parcourt l’Amérique du Nord en camping-car, un groupe doté de la vie éternelle à condition de pouvoir se nourrir de la « vapeur » détenue par certains humains, surtout  celle des enfants, plus « pure ».
Tout est alors en place pour que Stephen King nous livre l’un de ses meilleurs romans. Certes  moins explosif et destructeur que bon nombre de ses histoires. Certainement plus profond, plus personnel, même dans sa part de fantastique.
LIRE « Docteur Sleep », Stephen King, éd. Albin Michel, 584 p., 25 €


La flamboyante vie de Régine Deforges


Septembre 1981. En plein état de grâce du nouveau pouvoir socialiste, un roman fait fureur, « La Bicyclette bleue » de Régine Deforges. Le roman s’inscrit dans une collection où l’éditeur, Jean-Pierre Ramsay, demande à des écrivains de s’inspirer de chefs-d’œuvre du passé pour écrire un nouveau livre. Il a proposé « Autant en emporte le vent » de Margaret Mitchell à Régine Deforges, qui décide de situer l’action de sa très libre adaptation durant la Seconde Guerre mondiale. Quand elle rend le manuscrit, l’éditeur fait la grimace : il avait prévu un seul tome, la romancière lui en annonce trois. Des millions d’exemplaires plus tard, les aventures de Léa et François s’étireront au final sur dix volumes.
Une aventure exceptionnelle qui n’est que l’un des épisodes de l’existence tumultueuse et tourmentée de Régine Deforges. Une femme incroyable qu’on aura humiliée (voir ci-dessous l’affaire du cahier volé), mise à terre… et qui, à chaque fois, aura trouvé les ressources pour se relever. Pour repartir, parfois de zéro. Pour inventer quelque chose de nouveau (on songe à son best-seller sur le point de croix… et que les dirigeants de DMC Mulhouse avaient refusé de soutenir !), au risque de multiplier les échecs et les banqueroutes. Qu’importe : l’important, pour elle, ce sont les rencontres, les voyages, l’ivresse des sens, les passions en tous genres.
Régine Deforges
Une vie de flambeuse flamboyante qui ressemble à un cri lancé à la figure des habitants de Montmorillon, dans le Poitou, où elle est née en 1935, mais qu’on prendrait à tort pour une revanche contre ces gens-là (après tout, elle est revenue à Montmorillon pour y créer un salon et une Cité du livre). Non, c’est un cri de révolte général contre les bien-pensants de tous ordres, contre les soi-disant bonnes mœurs, contre les censeurs de tout poil. Et tant pis si elle choque.
À 18 ans, à Conakry, où son père a été muté, elle épouse son premier mari, un assureur, qu’elle trompe allègrement aussi bien avec des hommes que des femmes. De retour en France elle butine d’un cours de théâtre à la naissance de son premier enfant, en passant par du mannequinat chez Louis Féraud, avant de s’improviser représentante pour l’éditeur Jean-Jacques Pauvert, un esprit libre de l’édition, qui n’hésite pas à publier le marquis de Sade. Avec son aide, Régine créée sa propre maison, L’Or du temps, dont les publications sulfureuses font qu’elle est bientôt baptisée « la papesse de l’érotisme ». Les convocations au tribunal et les saisies pleuvent. Ça la stimule. Elle se retrouvera même privée de ses droits civiques.
Bientôt mariée au prince Pierre Wiazemsky, alias Wiaz (oui, le dessinateur), elle se fait davantage auteur qu’éditeur, toujours avec des convictions : « François Mauriac a dit : « Il y a deux types d’écrivains : ceux qui se mouillent jusqu’à la taille et ceux qui se mouillent jusqu’au cou. » J’espère être de cette dernière catégorie. » Pour autant, à 78 ans, elle doute toujours. Elle si combative a toujours « l’impression d’être constamment en retrait, de participer à la pièce en spectateur. » Qu’on la rassure : ses Mémoires démontrent exactement le contraire !
LIRE « L’enfant du 15 août, mémoires », Régine Deforges, éd. Robert Laffont, 480 p., 22 €.



Et aussi… Le cahier volé
Montmorillon, après la guerre. Deux jeunes filles sont amies, elles ont seize ans, l’une est rousse, d’une sensualité sauvage, c’est Régine. Régine Deforges. L’autre est blonde, androgyne, c’est Manon. Dans la chambre de Manon, les jeux interdits remplacent bientôt les jeux de société. Manon, qui reste habillée, aime caresser Régine, nue. Un garçon, jaloux ou tristement stupide, tombe sur un cahier intime de Régine, dans lequel elle raconte toutes ses journées. Tous les détails. Il le remet à ses parents… et à un abbé. De fil en aiguille, les filles sont convoquées à la gendarmerie, Régine est renvoyée de l’institution religieuse où elle étudiait. Pas Manon, scolarisée dans le public et issue de la bourgeoisie locale. On obligera Régine à brûler tous ses cahiers, en présence du garçon qui avait déclenché toute l’affaire. Elle sera insultée, agressée dans la rue. Pendant des années, ce traumatisme l’empêchera d’écrire. Mais il fera d’elle une révoltée, indifférente au qu’en dira-t-on, un seul mot d’ordre aux lèvres : « Qu’ils aillent se faire voir ! »
LIRE « Les Filles du cahier volé », Régine Deforges, Manon Abauzit, entretiens et photographies par Leonardo Marcos, éd. de la Différence, 144 p., 18 €.