7 folles. Sept allumées pour qui écrire est toute la vie. » Et qui le paieront souvent cher, très cher. Elles furent montrées du doigt, blâmées, excommuniées pour avoir été en avance sur le temps (par leurs écrits ou par leurs mœurs) ou pour avoir dérangé l’ordre établi. Et le silence autour de leur travail les fit souffrir au-delà du raisonnable (elles ne savaient pas ce que c’était que d’être raisonnable), trois d’entre elles (Virginia Woolf, Sylvia Plath, Marina Tsvetaeva) finissant par se donner la mort.
Ces sept-là, les trois déjà nommées auxquelles on
ajoutera Emily Brönte, Colette, Djuna Barnes et Ingeborg Bachmann, ont, par
leur exigence, par leur intransigeance, par leur soif de liberté, par leur
malheur souvent, fait le bonheur de Lydie Salvayre, qui leur rend hommage
dans ce « 7 femmes », peut-être
le meilleur livre de l’auteur.
Lydie Salvayre |
Lydie Salvayre traversait une période sombre, le goût
d’écrire l’avait quittée. Elle lut et relut les livres de ces femmes. Puis,
nouveauté pour elle, elle se plongea dans les biographies, les lettres, les
journaux intimes de ces héroïnes. Pour y découvrir tant de détails attachants,
bouleversants. D’une plume enthousiaste et émue, parfois comme foudroyée, elle
dit « le surcroît de vie qu’elle ne cessaient depuis longtemps de
m’insuffler. » On suit une Emily Brönte (« plus forte qu’un homme,
plus simple qu’un enfant, sa nature était unique », disait d’elle sa sœur
Charlotte) se cautérisant au fer rouge une profonde morsure de chien, sans
lâcher la moindre plainte ; une Sylvia Plath oscillant toute sa vie
« entre une allégresse qu’elle semble surjouer comme pour s’en convaincre
et un désespoir mortifère qui la terrasse des jours entiers » ; une
Colette qui refuse d’aller passer une semaine chez sa fille, que pourtant elle
adore, parce que son « cactus rose va probablement fleurir. »
Colette qui signa « Willy » (le surnom de son
amant) la série des « Claudine » car une femme romancière, ça ne se
faisait pas en cette fin de XIXème siècle. Voilà un point commun – il y en a
d’autres – entre Colette et George Sand, la huitième « folle » du jour
à qui Martine Reid consacre une biographie. George Sand, de son vrai nom Aurore
Dupin, encore trop souvent réduite à quelques romans « champêtres », et
dont pourtant l’œuvre est considérable. À ses obsèques, Victor Hugo dit d’elle
qu’elle fut « la grande femme » de son époque. Mais que son combat
pour se faire accepter fut difficile ! Léon Daudet la qualifiait d’
« erreur de la nature », tandis que Maupassant trouvait qu’elle
conservait « un côté pot-au-feu très marqué. » Au mieux, on trouvait
que son génie la transformait en monstre : « un homme sorti du rôle
de femme » disait Balzac.
Martine Reid raconte cette lutte d’émancipation, cette
vie insensée aussi, entre l’éducation bien bancale de ses enfants,
l’accumulation d’amours passionnées (dont celles avec Musset et Chopin sont les
plus célèbres), les engagements politiques, et cette soif d’écrire, malgré les
obstacles, les souffrances, le tumulte de l’existence. Le
« vivrécrire » comme le disait Marina Tsvetaeva.
LIRE « 7
femmes », Lydie Salvayre, éd. Perrin, 240 p., 18 €.
« George
Sand », Martine Reid, collection folio biographies, 384 p., 9,10 €.
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